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biographie






"Il a un nom de fille, mais c'est un garçon, Arnaud Cathrine. Plutôt grand, comme garçon, d'ailleurs. Longiligne, élégant, visage très doux, presque adolescent, malgré ses 29 ans. Aujourd'hui, bien sûr, Arnaud a apprivoisé Cathrine et les confusions qui ne manquent pas de se produire, "quasiment une fois par jour", le réjouissent plutôt.

A 12 ans, évidemment, c'était une autre affaire. Surtout pour un garçon qui ne se rangeait pas forcément dans le clan des "footeux". Pour s'en convaincre, il suffit de lire son unique concession à l'autofiction, un roman pour la jeunesse publié l'an dernier à L'Ecole des loisirs, bravement intitulé "Je suis un garçon". Une friandise acidulée, pleine de rires qui se cassent en deux.

Dans la vie, il est comme dans ses livres, Arnaud Cathrine. Un curieux mélange d'extrême sincérité et de grande pudeur. Ainsi évoque-t-il, sans insister, "une famille aimante", père médecin et mère institutrice, une soeur de douze ans son aînée, "partie trop tôt de la maison". Et, de manière plus appuyée, "l'ennui" qui a poissé son enfance à Cosne-sur-Loire, "petite ville de province un peu morte". Un ennui "à la Frankie Addams", précise-t-il dans une de ses nombreuses références à Carson McCullers, hantée comme lui par la solitude et l'enfance. Aucune nostalgie de cette période, par conséquent, "poreuse à toutes les violences", celle de la famille (quel que soit l'amour que vous portent vos parents), celle des cours de récré, particulièrement difficile à encaisser à un âge où "on n'a pas encore de peau" pour se protéger.

La musique est une première bouée. A 12 ans, il ne pense plus qu'à ça. Il veut en faire son métier. Rivé à son piano, à ses synthés, il découvre "une première façon de s'abstraire". Jusqu'au jour où il se met à écrire, à l'occasion d'un concours de nouvelles auquel l'inscrit son professeur de français et qu'il gagne haut la main. A l'époque, il n'est pas très conscient de ce qu'il fait, mais il sait qu'il veut le faire. La bataille sera rude. Avec ses copains d'internat, à Bourges, pour commencer, des scientifiques purs et durs au nez desquels il brandit ses Edgar Poe, ses Annie Saumont, ses Kundera comme autant de chiffons rouges. Avec ses profs dont il doit contenir l'ardeur à le faire passer en C en boycottant systématiquement les devoirs de maths. Le résultat est à la hauteur de ses espérances : 2 dans toutes les matières scientifiques, la découverte de la philo avec "un prof formidable" qui lui fait lire les "Lettres à un jeune poète" de Rilke, et bientôt la prépa, hypokhâgne et khâgne, où il "bosse comme un taré" jusqu'au moment où il " tombe amoureux d'une fille".

A 18 ans, il est à Paris, où il va faire une maîtrise d'anglais et une autre de lettres modernes. Avec une certitude : il veut écrire des livres, faire entendre cette "voix intérieure" qui ne peut s'exprimer ni en famille, ni dans le "discours social", "faire entendre un vrai son", celui qu'il aura "choisi". Dix ans plus tard, il a publié huit romans, dont la moitié pour la jeunesse. Sans trop de soucis matériels, quelques travaux dans l'édition -chez Julliard, chez Denoël-, un job d'assistant de production, puis de producteur à France Culture, lui ayant assuré le gîte et le couvert.

Il s'enflamme, Arnaud Cathrine, quand il s'agit d'évoquer la publication de son premier roman, "Les Yeux secs", en 1998. Ce cauchemar qu'il fit, une nuit, confusément inspiré par l'actualité et par les souvenirs de guerre que lui racontaient son père et son grand-père quand il était enfant. Ces images de lui-même et de sa soeur mêlés aux cadavres de leurs parents dans une maison perdue au milieu d'une ville en ruine, qu'il va transcrire dès le réveil et qui deviendront le premier chapitre du livre. "Un concentré de tout ce qui allait venir, l'image emblématique de toutes les violences" qu'il allait explorer par la suite. Un livre d'une rare intensité qui va le faire immédiatement remarquer, à commencer par son éditeur, Bernard Wallet, avec lequel "le ciment a pris très tôt, très fort" et sur lequel il ne tarit pas d'éloges. A l'instar de Geneviève Brisac, écrivain et éditrice à L'Ecole des loisirs, rencontrée à France Culture, qui lui a fait découvrir la littérature jeunesse, lui qui était "passé directement du Club des cinq à Faulkner et Camus". Wallet, Brisac, Eric Caravaca (le jeune comédien avec lequel il prépare actuellement une adaptation cinématographique d'un de ses romans, "La Route de Midland") : Arnaud Cathrine est un homme de passion fidèle qui évoque volontiers sa "famille", ses "père et mère", son "frère jumeau"."

Michel Abescat (Télérama, 2002)